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Trouville-sur-Mer

6 septembre 2019, 14h55

Réflexion et vécu d’une auditrice
« J'ai reçu l'amour en Héritage… »

© Sylvie Rosenzweig


J'ai reçu l'amour en Héritage grâce aux Rencontres d'été théâtre et lecture en Normandie. Des sentiments de passion, d'émotions, de joies se sont mêlés tout au long de ces Rencontres et je n'en suis pas sortie indemne, mais riche de tout ce que j'ai reçu. Des auteurs, des comédiens, des saltimbanques, des conteurs, des musiciens, des chanteurs nous ont offert des mots puissants, des récits, des poésies et chansons qui ont touché notre intime. Philippe Müller, Vincent Vernillat et leurs collaborateurs ont orchestré avec talent plus de 80 manifestations et réuni plus de 100 artistes autour du patrimoine écrit, oral, historique et cinématographique.
Des villas trouvillaises ont ouvert leurs portes ainsi que la Mairie de Trouville-sur-Mer qui a soutenu ces initiatives culturelles et dont je remercie l'équipe des agents municipaux pour leur accompagnement. Je vous livre un éphéméride trouvillais de quelques spectacles, rencontres représentatives…
Tout commence en musique avec un trio classique et narration sur ce thème et tout se termine par des chansons françaises. Nous avons dégusté le bon Calvados et "écouté boire les pommes "dans une ferme cidricole du XVIème siècle. Nous avons partagé des moments de vie de Mâkhi Xenakis, fille du célèbre compositeur architecte Iannis Xenakis. Puis un retour dans le passé grâce aux images d'archives issues de la mémoire audiovisuelle nationale. Ensuite, cinéma muet, l’une des soirées phare des rencontres, originale, rare et exceptionnelle.
Un bonimenteur de renom, Jean Paul Farré et l'ensemble Duruflé ont animé la soirée de projection de films sur l'époque 1914 de musiques, d'airs d'opéra d'une main de maître. Nous retrouvons aussi Jean Paul Farré à la villa Chebec pour une lecture de son texte sur la guerre 1914 à travers les yeux de son grand père. Issu du comique, du burlesque, Jean Paul Farré nous a profondément ému par sa gravité sur ce texte et l'émotion envahit le public qui restera muet pendant de longues minutes. Pour ma part, j’ai reçu ce texte et interprétation comme un "Héritage", très fort, une des plus belles rencontres qui restera dans nos mémoires. 
Autre belle performance, celle de Véronique Aubry qui se réincarne en Marcel Proust et pour une heure chrono, nous livre le récit d'une petite partie de son œuvre qu'elle maîtrise à merveille. Ce spectacle inattendu fait salle comble dans le grand salon de la villa Chebec. Nous avons aussi batifolé vers le Havre à la rencontre de Dufy. Autre temps fort des Rencontres, "Conversations" entre Primo Levi et Ferdinando Canon, journaliste, qui sont très riches en enseignements sur la déportation et sa vie d'après, jusqu’à sa disparition devant une assistance grave dans les salons des Cures Marines. Que de merveilleux comédiens qui ont servi ces textes et abordé un dialogue avec la salle ; je citerais Eric Sénat et Gérard Cherqui. Encore de l'émotion avec les récits sur les pères, celui d'Emilie Saitas et d'Annick Walachniewicz qui recherchent leur identité propre à travers le dur passé et la vie du père. Nous sommes tous touchés par ces récits venus d'un pays où revenir était des plus incertains et beaucoup d'enfants d'après-guerre ont été à la recherche de leur histoire parentale, de l'héritage, pour se construire ou se reconstruire. Et "Chère Céleste "arrive dans cette salle du Conseil de notre mairie. Céleste Albaret ,servante de Marcel Proust, écrivit tardivement un ouvrage sur ses entretiens avec Proust, magistralement interprété par Cécile Bruno et Ivan Morane pour donner la réplique. La salle silencieuse se retrouve ainsi chez Marcel Proust, quel grand moment.
Nouvel Héritage du passé normand, celui de Gustave Flaubert. André Versaille composa un texte à partir de la correspondance entre Gustave Flaubert et Louise Collet, sa maîtresse, texte magistralement lu par M. Didier Sandre, de la Comédie Française, dans le parc du Château d'Aguesseau. Le temps est suspendu à cette passionnante lecture qui nous ramène au XIXe siècle.
Un Héritage des plus lourds à porter, celui des enfants nés après le génocide au Rwanda des Tutsis par les Hutus, les langues ne se délient pas aisément après de telles atrocités. Après de tels génocides, déportations, massacres, attentats, on se tait, on ne parle plus, on occulte et ce n'est que beaucoup d'années après, que les survivants parlent. Cet Héritage est vraiment pesant et l'ADN de ces enfants est tronqué, car, personnellement, il me manque cet Héritage !
Les rencontres se sont terminées sur un ton plus léger avec les"mémoires culinaires" de Benoît Peeters, au musée Montebello qui suscitent curiosité et faim. Autre Héritage, "Les Ritals", avec le formidable acteur Bruno Pudzulu, sur le thème de l'immigration et l'intégration en France des Italiens, ici, mais aussi des Espagnols, Portugais, qui sont venus pour travailler et s'intégrer dans notre pays. Un avant dernier spectacle, hors du temps, d'une autre dimension, en l’occurrence "Amours, amour", de Timothée Laine, avec l'ensemble Diabolus in Musica. Timothée Laine joue et manipule les mots et les vers de l'amour courtois avec brio accompagné de musiques moyenâgeuses, ignorées jusqu'ici pour la plupart d'entre nous. Dernier spectacle, "Trois petites notes de musique" nous ramène dans les années 50-60 de la chanson française, l'assistance fredonnant en chœur des chansons de Barbara, Brassens , Clay, Cora Vaucaire,… et d'autres grâce au talent remarquable de Marie Hélène Ferry. Le public se transpose au cabaret… Deux mois intenses, par conséquent, qui se terminent par un repas convivial à l'Hôtel de Ville.
Par cet écrit, je n'ai fait que retranscrire mes ressentis des Rencontres auxquelles j'ai participées. J'espère vous avoir fait vivre ou revivre des moments forts que nous garderons tous en mémoire et ce sera notre "Héritage". A nouveau un grand merci pour l'abnégation de Philippe et Vincent et de leur équipes pour nous avoir offert de telles Rencontres. Que cette aventure perdure longtemps à Trouville-sur-Mer pour l'activité culturelle de celle-ci. J'aimerais aussi que les parents et grands-parents présents transmettent à leur descendance cette connaissance du patrimoine culturel, afin que cette jeune génération puisse être présente aux prochaines Rencontres.
Sylvie Rosenzweig